L’après
diſnée eus quatre Jantilſhomes[1], & un guide, prindrent la poſte pour aller voir un lieu du Duc qu’on
nome Caſtello[2]. La maiſon n’a rien qui vaille ; mais il y a diverſes pieces de jardinage, le tout aſſis
ſur la pante d’une coline, en maniere que les allées droites ſont toutes en pante, douce toutefois &
aiſée ; les tranſverſes[3] ſont droites<noinclude>
<references/></div></noinclude><noinclude><pagequality level="3" user="Seudo" /></noinclude>& unies. Il s’y voit là pluſieurs breſſeaux[4] tiſſus & couvers fort
eſpès, de tous abres odoriferans, come cedres, ciprès, orangiers, citronniers, & d’oliviers, les
branches ſi jouintes & entrelaſſées, qu’il eſt aiſé à voir que le ſoleil n’y ſauroit trouver antrée en ſa
plus grande force, & des tailles de cyprès, & de ces autres abres diſpoſés en ordre ſi voiſins l’un de
l’autre, qu’il n’y a place à y paſſer que pour trois ou quatre. Il y a un grand gardoir[5], entre les autres,
au milieu duquel on voit un rochier contrefaict au naturel, & ſamble qu’il ſoit tout glacé au-deſſus,
par le moïen de cete matiere de quoi le Duc a couvert ſes grottes à Pratellino[6], & audeſſus du roc
une grande medalle[7] de<noinclude>
<references/></div></noinclude><noinclude><pagequality level="3" user="Seudo" /></noinclude>cuivre, repreſentant un home fort vieil, chenu[8], aſſis ſur ſon cul, ſes bras
croiſés, de la barbe, du front, & poil duquel coule ſans ceſſe de l’eau goutte à goutte de toutes parts,
repréſentant la ſueur & les larmes, & n’a la fontene autre conduit que celui là. Ailleurs ils virent,
par très-pleſante expérience, ce que j’ai remerqué cy-deſſus : car ſe promenant par le jardin, & en
regardant les ſingularités, le jardinier les aïant pour cet effect laiſſé de compagnie, come ils furent
en certin endroit à contempler certenes figures de marbre, il ſourdit ſous leurs pieds & entre leurs
jambes, par infinis petits trous, des trets d’eau ſi menus qu’ils étoint quaſi inviſibles, &
repréſentans ſouverenemant bien le dégout[9] d’une petite pluïe, de quoy ils furent tout arro-<noinclude>
<references/></div></noinclude><noinclude><pagequality level="3" user="Seudo" /></noinclude>ſés, par le moïen de quelque reſſort ſouterrin que le jardinier remuoit à plus de deux çans pas de là, avec tel art
que de là en hors[10], il faiſoit hauſſer & baiſſer ces élancemans d’eau, come il lui pleiſoit, les courbant
& mouvant à la meſure qu’il vouloit : ce meſme jeu eſt là en pluſieurs lieux[11]. Ils virent auſſi la
maiſtreſſe fontene qui ſort par le canal de deus fort grandes effigies[12] de bronſe, dont la plus baſſe
prant l’autre entre les bras, & l’étrint de toute ſa force ; l’autre demy paſmée, la teſte ranverſée
ſamble randre par force par la bouche cet’{{lié}}eau, & l’élance de tele roideur, que outre la hauteur de ces
figures, qui eſt pour le moins de vint pieds, le tret de l’eau monte à {{tiret|trante|-ſept}}<noinclude>
<references/></div></noinclude><noinclude><pagequality level="3" user="Seudo" /></noinclude>{{tiret2|trante-|ſept}} braſſes au-delà[13]. Il y a auſſi un cabinet entre les branches d’un abre tous-iours vert, mais bien plus riche que nul autre
qu’ils euſſent veu : car il eſt tout etoffé des branches vifves & vertes de l’abre[14], & tout-partout ce
cabinet eſt ſi fermé de cete verdure qu’il n’y a nulle veuë qu’au travers de quelques ouvertures qu’il
faut praticquer, faiſant eſcarter les branches çà & là ; & au milieu, par un cours[15] qu’on ne peut
deviner, monte un ſurjon d’eau juſques dans ce cabinet au travers & milieu d’une petite table de
mabre. Là ſe faict auiſſi la muſicque d’eau, mais ils ne la peurent ouïr ; car il étoit tard à jans qui
avoint à revenir en la ville. Ils y vi-<noinclude>
<references/></div></noinclude><noinclude><pagequality level="3" user="Seudo" /></noinclude>rent auſſi le timbre[16] des armes du Duc tout au haut d’un portal,
très-bien formées de quelques branches d’abres nourris & entretenus en leur force naturelle par des
fibres qu’on ne peut guiere bien choiſir. Ils y furent en la ſeiſon la plus ennemie des jardins[17], qui les
randit encore plus emerveillés. Il y a auſſi là une belle grotte, où il ſe voit toute ſorte d’animaus
repreſantés au naturel, randant qui[18] par bec, qui par l’aiſle, qui par l’ongle ou l’oreille ou le naſeau,
l’eau de ces fontenes. J’obliois qu’au palais de ce prince en l’une des ſalles il ſe voit la figure d’un
animal à quatre pieds, relevé en bronſe ſur un pilier, repréſanté au naturel, d’une forme étrange, le
devant tout écaillé, & ſur l’eſchine je ne ſçay quelle forme<noinclude>
<references/></div></noinclude><noinclude><pagequality level="3" user="Seudo" /></noinclude>de mambre, come des cornes. Ils diſent
qu’il fut trouvé dans une caverne de montaigne de ce païs, & mené[19] vif il y a quelques années.
References
- Montaigne & ſa compagnie.
- Petite maiſon de plaiſance.
- Traverſes.
- Berceaux.
- Réſervoir ou baſſin, piece-d’eau.
- Pratolino.
- Ou grand médaillon.
- En cheveux blancs ou gris.
- Le diſtillement, ''{{lang|la|ſtillicidium}}''.
- En dehors.
- Voyez encore la deſcription de l’ancien labyrinthe de Verſailles.
- Statues, figures. C’eſt Hercule et Antée.
- Ce qui feroit une élévation de 222{{lié}}pieds, à raiſon de 6{{lié}}pieds la braſſe.
- Si ce n’étoit pas un arbre étranger, c’étoit peut-être un ''chêne-vert''.
- Par des tuyaux cachés, ou maſqués.
- L’écuſſon des Médicis.
- Vers la fin de Novembre
- Les uns par le bec, les autres par &c.
- Amené.